The city & the city - China Miéville
Le cadavre d'une jeune femme est découvert au pied des immeubles crasseux d'une banlieue, un policier enquête. On ne peut guère faire plus banal, n'est-ce pas ? Sauf que notre flic est inspecteur de la brigade des Crimes Extrêmes, il parle le besz, il évise et tente plus que tout d'éviter de rompre en marchant dans la rue de peur que surgissent les hommes de la Rupture.
Ce polar d'anticipation se déroule en fait quelque part entre l'Europe de l'Est et les Balkans, dans deux cités jumelles, plutôt même siamoises. Au fil des pages, China Miéville nous fait entrer à petits pas dans son monde chimérique et absurde, une création extraordinaire qui finit par nous sembler réelle car tel est son talent.
Au delà de l'enquête policière et de ses rebondissements, l'auteur s'attache aux dessous de ces deux villes si étrangement imbriquées l'une dans l'autre. Qu'est vraiment cette Rupture que les habitants ne font qu'apercevoir ? Quelle est l'étendue de son pouvoir ? Existe-t-il une troisième ville fantôme ?...
La quatrième de couverture cite le Los Angeles Times : "Si Raymond Chandler et Philip K. Dick avait un enfant élevé par Kafka, ce pourrait être The city & the city". Cette phrase résume excellemment ce roman surréaliste, unique, magistral et renversant. Lisez The city & the city, vous ne le regretterez pas !
The city & the city - China Miéville
(2011 - Fleuve Noir - 391p)
Série Z - J.M. Erre
Des personnages improbables, des situations absurdes, une intrigue acadabrantesque, ce roman a des points communs avec le cinéma de série Z. Mais pas besoin d'avoir vu et apprécié Le lac des morts-vivants pour éclater de rire à la lecture de ce polar aussi insolite que jubilatoire. Non, il ne s'agit vraiment pas de série Z de littérature !
Mine de rien, en plus de vous détendre les zygomatiques, l'histoire offre une véritable intrigue, quelques réflexions assez subtiles et une humanité généreuse. Le tout dans un ton facétieux et sensible à la fois. Bref, une lecture des plus revigorantes.
NB Je conseille, arrivé à la fin du roman, de relire le "Prologue En forme de conte défait". Il prend alors tout son sens, profond qui plus est.
Série Z - J.M. Erre
(2010 - Buchet Chastel - 363p)
Intrusion - Elena Sender
Ce roman est l'intrusion d'une journaliste scientifique dans le domaine du thriller, ce qui en explique les bons comme les mauvais côtés. Je parle là de l'auteur, pas de l'héroïne, Cyrille Blake.
A son sujet, la quatrième de couverture m'a bien fait rire. Ils ont lu le roman, ceux qui l'ont rédigée? On peut se le demander. "Que lui est-il arrivé durant ces dix années qui sont comme un trou noir dans sa vie ?" La pauvre Cyrille n'a pas quarante ans, s'il lui en manquait un quart, elle l'aurait remarqué bien avant, non ? Ce sont juste quelques semaines, quelques infos qui se sont égarées ... il y a dix ans. Si je souligne cette erreur, c'est qu'elle annonce à sa manière toutes les incohérences de l'intrigue. Pour un esprit scientifique comme celui de l'auteur, c'est un peu gênant. Tout comme la fin et les passages à l'eau de rose, d'ailleurs.
Pourtant, ces maladresses sont vite oubliées et je garderai de cette lecture le souvenir d'une héroïne vraiment attachante. D'une manière fouillée et accessible à la fois, Elena Sender nous fait comprendre dans le détail le travail de cette neuropsychiatre qui oeuvre pour un "meilleur-être" de ses patients. L'histoire est aussi émaillée de considérations intéressantes sur la mémoire, la responsabilité, le bonheur. Le tout avec une écriture plaisante et alerte.
Bref, j'attends avec un plaisir certain le second roman d'Elena Sender.
Intrusion - Elena Sender
(2010 - XO Éditions - 411p)
Pages 124-125, un conseil qui peut s'avérer utile :
"C'est ce qu'elle disait à certains de ses patients : "Quand l'angoisse monte, quand vous sentez la déprime reprendre le dessus, forcez-vous à faire quelque chose de très excitant et d'inhabituel." L'adrénaline était le meilleur antidote naturel à la dépression, elle saturait momentanément le cerveau, et le stimulait. Elle conseillait de se plonger sous une douche froide ou de faire quelque chose de totalement nouveau, d'adresser la parole à un voisin inconnu... Bref, un acte qui pouvait relancer la machinerie des méninges jusqu'à la prochaine alerte."
Par contre, amatrice de thé, je ne peux laisser passer cette coquille, page 129 :
"Nino commanda une Corona, Cyrille, un thé fumé.
- Merci d'être venu, dit Cyrille en sucrant son Geimecha."
Google, qui connaît tout ou presque, n'a jamais entendu parler de ce Geimecha. Étrange, non ? Perso, j'y vois une ressemblance avec le Genmaicha qui, par contre, n'est pas du tout un thé fumé mais un thé vert, parfumé de grains de riz grillé. Un détail que cette histoire de thé, me direz-vous. Certes mais c'est le plaisir du lecteur qui n'a que cela à faire...
L'enfant invisible - Cornelia Read
Dans ses deux premières aventures, Madeline Dare avait expérimenté le travail de journaliste à Syracuse puis celui de prof dans le Massachusetts. Là voici maintenant à New-York, prenant au téléphone les commandes des clients d'un improbable Grand Catalogue qui propose tous les livres possibles et imaginables. C'est l'occasion pour Cornelia Read de décrire avec son talent tout en nuances un nouveau microcosme de la société américaine. Et c'est aussi le côté plaisant et original du roman.
Quant à l'intrigue proprement dite, elle tourne autour de la maltraitance des enfants, sous le regard parfois cruellement indifférent des adultes, et d'un procès avec toutes les explications techniques inhérentes. Pas vraiment le genre de sujets qui m'enchantent.
Alors, la conclusion s'impose : L'enfant invisible restera pour moi un roman mi-figue, mi-raisin, loin de la réussite de ses prédécesseurs.
L'enfant invisible - Cornelia Read
(2011 - Actes Sud actes noirs - 408p)
Le cul des anges - Benjamin Legrand
Ce roman est tout aussi insolite que son nom. Il débute par la présentation d'une longue série de personnages tous plus clichés les uns que les autres : le tueur à gages russe, la zonarde avec piercing et gros chien, le vieux qui joue aux boules pour oublier celles qu'il a de n'avoir rien fait de valable de sa vie, j'en passe et des meilleures. Et tous ces gens divers et variés (quand ils ne sont pas avariés..) se retrouvent embarqués dans une sombre histoire de snuff movies pédophiles, sujet glauque s'il en est. Évidemment, raconté ainsi, ça ne donne pas franchement envie. Mais c'est oublier là le talent de l'auteur.
Tout d'abord, Benjamin Legrand sait brosser des portraits extrêmement vivants, s'attardant sur le caractère, le vécu et les désirs de chacun. Ensuite, avec un art consommé du romanesque, une écriture percutante et même drôle parfois, il manipule ses personnages comme des pions sur l'échiquier de son intrigue en évitant, heureusement, la surenchère dans les détails scabreux.
Sceptique au début, le lecteur se prend au jeu, peu à peu, et finit par dériver à son tour dans ce voyage incongru mais si plaisant. Et pourtant, ce n'était pas donné avec un thème aussi sordide, raison de plus de saluer la virtuosité de l'écrivain.
Le cul des anges - Benjamin Legrand
(2010 - Seuil roman noir - 341p)
L.A. Noir - Tom Epperson
L'éditeur nous précise que Tom Epperson a écrit des scénarios. Cela se voit et ce roman est plus une succession de scènes au visuel bien défini plutôt qu'un polar prenant avec une ambiance vivante et des personnages à la psychologie détaillée. Dommage...
Notre héros est porte-flingue d'un gangster dans le Los Angeles des années trente où la pègre doit apprendre à s'adapter à la fin de la prohibition. Enfin, il l'est depuis un an seulement car, auparavant, après un mauvais coup sur la tête, il a tout oublié de son passé. Cette amnésie n'est en fait qu'un détail pour l'auteur. Plutôt que d'en faire la base d'une intrigue intéressante, il préfère s'attacher à exposer l'atmosphère de l'époque d'une manière hélas poussiéreuse.
Tom Epperson déroule donc les clichés, les truands plus bêtes que méchants, les femmes qui n'ont que leur corps pour s'en sortir, le vieil homo dandy au grand coeur, la gamine maltraitée mais débrouillarde, etc. Le décor manque de détails concrets et expressifs pour faire illusion, autant se balader à Disney World pour se faire une idée de la vie au Moyen-Âge. Sans compter l'histoire sans surprises qui patauge dans les bons sentiments.
Quant à l'écriture, elle est plutôt agréable, certes, mais n'empêche pas l'ennui de poindre son nez. Désolée, je n'ai pas trouvé ce roman noir, juste d'un gris bien terne.
L.A. Noir - Tom Epperson
(2009 - Le Cherche Midi - 402p)
Corruption - C.J. Sansom
C'est un vrai bonheur que de savourer une nouvelle aventure de cet avocat si humaniste, Matthew Shadlate. Avec un talent toujours grandissant, C.J. Sansom nous embarque encore une fois dans sa machine à remonter le temps et, durant quelques heures exquises, nous vivons ainsi de plain-pied dans l'Angleterre du 16ème siècle. Avec force détails réalistes et concrets qui n'alourdissent jamais le récit, l'auteur nous fait partager la vie quotidienne de ces Anglais d'antan, les rapports entre les différentes couches sociales, l'atmosphère politique, etc.
Matthew Shadlate, avec sa générosité et son sens de la justice sans pareil, demeure au service du plus faible et enquête coûte que coûte pour faire jaillir la vérité. En virtuose, l'auteur mène l'intrigue, complexe à souhait mais jamais embrouillée et le suspense reste entier tout au long de l'histoire. Pourquoi cette pauvre Ellen est-elle enfermée chez les fous depuis près de vingt ans ? Pourquoi leur ancien percepteur a porté plainte contre le tuteur de ces deux malheureux orphelins avant de se donner la mort ?
Et, troisième volet de ce qui fait le charme de C.J. Sansom, le roman est ancré autour d'un évènement historique, la tentative d'envahissement de l'Angleterre par la France en 1545. Nous assistons ainsi à la levée d'une armée conséquente avec les recruteurs agressifs qui font main basse sur tous les hommes valides, les soldats et officiers naviguant entre naïveté patriote et crainte des horreurs du champ de bataille, l'organisation matérielle et l'entraînement des archers. En point d'orgue, l'auteur nous livre la bataille de Portsmouth avec le naufrage spectaculaire de la Mary-Rose.
Comme les précédentes enquêtes de cet avocat si attachant, Corruption est un grand roman historique et policier, inventif et brillant.
Corruption - C.J. Sansom
(2011 - Belfond - 673p)
Miséricorde - Jussi Adler-Olsen
De la miséricorde, il m'en a fallu pour venir à bout de ce roman ! Décidément, j'ai du mal à comprendre l'engouement actuel pour les polars nordiques et ce nouveau venu danois ne m'y aide pas.
Pour moi, un auteur de romans policiers se doit d'être un magicien qui manipule le lecteur et le perd dans les méandres de son imagination. Là, j'ai deviné le coupable à la moitié du récit, c'est totalement rédhibitoire. Ensuite, contrairement à bien des scandinaves, l'auteur ne nous offre aucune description détaillée, pas un paysage grandiose pour nous changer les idées, l'histoire pourrait se passer n'importe où.
Avec les personnages, ça ne s'arrange guère. Ce Carl Mørck (o barré, signe prémonitoire), le grand héros policier, est affublé d'une ex-femme un peu fofolle, un coloc qui ne vaut guère mieux et le fils de cette ex, un ado quelconque qui fait la fête, picole et met la musique à fond. Passionnant, n'est-ce pas ? Pour occuper l'espace, l'auteur brode autour autour d'une fusillade à laquelle Carl a réchappé, contrairement à un collège mort et l'autre paralysé. Tiens, l'occasion de sortir une psychologue sexy à draguer avec de gros sabots, sans doute pour nous faire oublier combien le sentiment de culpabilité de Carl sonne faux.
Ce flic franc-tireur est, paraît-il, excellent enquêteur mais je n'en ai rien vu car ses découvertes tiennent plus du hasard que de la réflexion ou de l'intuition. Heureusement qu'il a un assistant nettement plus doué, un réfugié syrien avec un nom de très mauvais goût, Hafez El Assad. Le pauvre est cantonné au café et aux photocopies mais réussira malgré tout à montrer sa débrouillardise et son intelligence et c'est lui qui mettra cet antipathique Carl Mørck sur la bonne voie.
Ce Syrien m'a vraiment mise mal à l'aise dans ce roman par la manière méprisante dont l'auteur le présente et raconte ses moeurs exotiques avec tapis de prière, café imbuvable et nourriture bizarroïde. Je me suis revue beaucoup plus jeune, verte de rage en sortant du cinéma où l'on m'avait vendu Thelma et Louise comme un film féministe alors que je l'ai trouvé affreusement misogyne. Idem auparavant avec Le cercle des poètes disparus que les gens vantaient comme un hymne à la liberté de pensée alors que je n'y ai vu qu'une ode au conformisme intellectuel. Dans ce Miséricorde, sous un vernis de politiquement correct, j'ai senti des relents de racisme sous-jacents plutôt nauséabonds. Je me fais peut-être des idées mais on n'est pas maître de ses émotions.
Miséricorde - Jussi Adler-Olsen
(2011 - Albin Michel - 489p)
Meurtres à Gramercy Park - Carol O'Connell
Bizarrement, j'étais passée à côté de ce premier épisode de la saga Kathy Mallory et je suis ravie d'avoir maintenant rattrapé mon retard. Ce premier roman est déjà à la mesure du talent de Carol O'Connell, on y retrouve tout ce qui fait l'intérêt et le plaisir de lire cet auteur. Des histoires un peu hors du temps, des personnages uniques, intransigeants et charmants à la fois, des intrigues habiles, un style limpide et surtout, une Kathy Mallory tellement attachante dans son rôle de flic aussi intelligent qu'inadapté social.
Meurtres à Gramercy Park - Carol O'Connell
(2000 - Pocket - 305p)
Sauver sa peau - Lisa Gardner
Une jeune femme que ses parents ont baladée toute son enfance de ville en ville sous des faux noms, des cadavres retrouvés momifiés sur le terrain d'un asile psychiatrique abandonné, voilà qui augurait un thriller palpitant. Hélas, les bonnes idées ne suffisent pas à faire un bon roman.
Hormis Annabelle, l'héroïne, les personnages sont peu fouillés et plutôt cliché, comme ce couple de flics qui jouent tout au long de l'histoire à cours après moi que je t'attrape. La narration est parfois même maladroite, tirant les lapins du chapeau comme ce témoin sorti de nulle part et qui arrive bien à propos pour nous raconter la véritable et abominable histoire de la belle Annabelle.
Mais l'important est ailleurs : finira-t-elle ou non dans les bras du beau policier ? Le suspense reste intact jusqu'à la fin de l'histoire ! Et ne boudons pas notre plaisir, malgré ces défauts, la lecture de ce roman reste sympathique. Enfin, sans plus...
Sauver sa peau - Lisa Gardner
(2009 - Albin Michel - 414p)










