La cuisine des mots ribonds

05 avril 2013

Les griffes du mensonge - James Patterson & Michael Ledwidge

Comme beaucoup, j'ai lu jadis avec bonheur les palpitantes aventures du séduisant et talentueux Alex Cross. Hélas, ce héros n'est plus et je trouve que James Patterson a plutôt cherché la facilité vendeuse par après. J'avoue, j'avais totalement abandonné cet auteur. En compagnie de Michael Ledwidge, j'osais espérer qu'il s'était bonifié. 

Certes, le début du roman n'a pas franchement calmé mes appréhensions. D'abord, on découvre cette Nina Blom, avocate brillante, mère parfaite élevant seule sa fille non moins parfaite, une vraie tête à claques ! Le long retour sur son passé est pire, versant carrément dans l'Harlequin avec ce prince charmant en uniforme et une idylle tellement romantique. Pour pimenter l'histoire, un serial killer rôde, attaquant les malheureuses et belles jeunes filles, devinez qui va tomber dans ses griffes ???

Ensuite, mine de rien, page après page, le charme opère. Une fois l'histoire mise en place, les personnages bien campés, je fus emportée par le rythme trépidant, l'écriture nerveuse et efficace, ne m'arrêtant pas jusqu'au dénouement percutant.

A ma grande surprise, j'ai découvert que James Patterson pouvait encore faire preuve de talent et, en bonne compagnie, nous offrir un bon polar américain comme je les aime.

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Les griffes du mensonge
James Patterson & Michael Ledwidge

(2013 - l'Archipel - 346p)

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22 février 2013

Volte-face - Michael Connelly

Ce polar traite de la réouverture d'un vieux dossier de meurtre et du nouveau procès qui en résulte. Ce cher Harry Bosch n'y joue hélas qu'un rôle secondaire, enquêtant pour le compte d'un avocat devenu procureur à cette occasion (le fonctionnement de la justice américaine a ses raisons que ma raison ne connaît pas).

Tout le détail de la préparation des preuves, de la recherche des témoins, je n'y ai guère adhéré. Pas plus qu'aux histoires de famille des principaux protagonistes, d'ailleurs. Certes, l'intrigue proprement dite est bien ficelée, elle aurait pu rattraper mon intérêt mais c'était sans compter avec ce serial killer si peu crédible dans son comportement. Quant à la fin, à la fois expédiée et convenue, elle a achevé ma déception. Sniff, Michael Connelly n'est plus ce qu'il était.

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Volte-face - Michael Connelly
(2012 - calmann-lévy - 433p)

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21 février 2013

La dernière nuit blanche - Alessandro Perissinotto

Bizarrement, ce polar italien m'a laissé un sentiment mitigé car, si je l'ai trouvé alléchant par certains côtés, il est trop banal par d'autres.

Le décor en est la ville de Turin, animée par les Jeux Olympiques d'hiver de 2006. Sauf que nous sommes privés des épreuves sportives car l'auteur nous montre uniquement les Nuits Blanches, ces fêtes qui jalonnent les nuits turinoises pendant cette période. Enfin, en fait de fêtes, nous avons surtout droit à des mouvements de foules sous les lumières et le bruit. Un peu superficiel...

D'une manière fort peu subtile, l'auteur insiste sur le contraste entre cette fête olympique et les bas-fonds de Turin. Il s'attache à décrire le monde des SDF, la drogue, la prostitution, le tout par touches trop légères, bien loin d'une analyse sociale intéressante. Il tente de nous faire partager les sentiments de ces exclus ainsi que les motivations plus ou moins claires des travailleurs sociaux sur le terrain mais, franchement, je suis restée totalement en dehors.

La narratrice, psychologue reconvertie en détective spécialisée dans la recherche des personnes disparues, présentait un certain potentiel. Hélas, son enquête suinte l'amateurisme et avance à grands coups de hasard et d'intuitions qui manquent de crédibilité.

Quant à l'écriture proprement dite, l'auteur nous offre un récit totalement linéaire dans un style plutôt ordinaire qui m'a laissée froide.

Bref, le lecteur risque fort de se sentir frustré par cette histoire qui aurait pu se révéler bien plus passionnante.

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La dernière nuit blanche - Alessandro Perissinotto
(2010 - Gallimard série noire - 256p)

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15 janvier 2013

Il coule aussi dans tes veines - Chevy Stevens

A priori, mes parents sont mes parents, c'est à dire que le couple qui m'a élevée est celui qui m'a conçue. A mon avis, si j'avais été adoptée, je n'aurais pas voulu partir à la recherche de mes racines, l'important pour moi étant aujourd'hui et demain. N'ayant pas ma sagesse, Sara, l'héroïne de ce roman, se découvre à 34 ans un père biologique pas très reluisant puisque serial killer. Pas terrible comme nouvelle, juste avant son mariage, mais une amorce d'histoire assez prometteuse, ma foi.

A dire vrai, j'étais assez partagée avant d'ouvrir ce livre. Côté positif, je n'avais jamais lu d'auteur canadien anglophone et j'étais curieuse de voir s'ils étaient différents de leurs voisins américains. Ensuite, cette superbe couverture et le titre métaphorique étaient vraiment attractifs à mes yeux. Côté négatif, le bandeau vantant le triomphe de l'auteur avec son premier roman, "1 million d'exemplaires vendus dans le monde", me refroidissait quelque peu. Eh oui, j'ai tendance à me méfier des jeunes écrivains qui rencontrent le succès du jour au lendemain, trop souvent grâce à des recettes simplistes et sans saveur.

Le début de ma lecture donnait raison à mon scepticisme avec des personnages secondaires plutôt convenus : le sympathique flic si compatissant et sa collègue agressive, la soeur gentille et l'autre mesquine, la mère adoptive affectueuse et son mari hargneux envers la pauvre Sara, en finissant par le fiancé idéal, viril sans être phallocrate. Sans compter la petite fille adorable même avec son caractère parfois difficile, conséquence de l'atavisme familial, et dont le père a bien complaisamment disparu pour ne pas compliquer le scénario.

Dans la lignée de ces trucs et astuces pour un succès facile et rapide, l'auteur a choisi un récit à la première personne afin que le lecteur, sans doute une lectrice d'ailleurs, s'identifie immédiatement au personnage principal. Pour faire différent à moindre frais, les chapitres sont appelés séances comme si Sara racontait à sa psy les péripéties de sa vie entre deux rendez-vous. Certes, la narration est ainsi vive et dynamique entre les dialogues nombreux et le mélange des conjugaisons au présent et passé mais, franchement, ces pseudo séances de thérapie sont artificielles et peu crédibles.

Pourtant, au fur et à mesure que les pages se tournaient, j'ai vite oublié d'être agacée par tous ces détails, embarquée que je fus par le talent indéniable de Chevy Stevens. Tout d'abord, le thème du serial killer est traité sous un angle tellement original qu'il en est d'autant plus captivant. Ensuite, si les personnages secondaires ont une épaisseur psychologique un peu faible, le personnage principal est tout à fait solide et complexe. J'ai particulièrement apprécié les nuances de sentiments de Sara envers son père biologique, la répulsion face à cet assassin mêlée par instants d'une certaine compassion gênée parce qu'elle partage les mêmes gènes. Ceci étant, l'auteur est très claire et la fille condamne moralement son père.

Quant au style, il est nerveux et efficace, au service d'une intrigue palpitante. Les rebondissements s'enchaînent sans coup férir jusqu'au dénouement en deux temps, exactement comme je les aime. Il faut aussi souligner que l'auteur nous évite les scènes sadiques et les torrents de sang habituellement présentes dans les histoires de serial killers. En fait, pour l'écriture, j'éprouve juste le léger regret qu'il n'y ait pas plus de descriptions de paysages pour faire voyager le lecteur.

Bref, j'avais débuté ce roman en pensant lire la énième histoire gentillette et banale d'une jeune femme malmenée par un vilain monsieur méchant. A la place, j'ai découvert un écrivain prometteur à l'imagination remarquable et qui fera vite oublier ses quelques défauts de jeunesse, j'en suis certaine. D'ailleurs, j'ai bien envie maintenant de lire le premier roman de Chevy Stevens.

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Il coule aussi dans tes veines - Chevy Stevens
(2013 - l'Archipel - 405p)

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04 janvier 2013

La tristesse du samouraï - Victor del Arbol

Plus qu'un polar, il s'agit plutôt d'un roman noir naviguant entre les débuts du franquisme, en 1941, et la jeune démocratie espagnole, avant le coup d'état de 1981. Ces épisodes troublés de l'histoire de l'Espagne forment le décor d'histoires de famille dignes des tragédies grecques où la main du Destin frappe à sa guise les individus.

Ce roman est vraiment fort avec, d'un côté, des personnages manipulateurs sans scrupule aucun et, de l'autre, des personnages entiers qui tentent, toujours avec courage, de survivre à la fatalité qui les fait payer pour les crimes et les malheurs de leurs ancêtres. Le lecteur, quant à lui, essaie de surmonter tant bien que mal toute cette noirceur, toute cette violence implacable pour arriver au bout de cette intrigue magistrale.

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La tristesse du samouraï - Victor del Arbol
(2012 - ACTES SUD actes noirs - 351p)

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22 décembre 2012

Fantômette et le trésor du pharaon - Georges Chaulet

Dans le cadre du Challenge Fantômette organisé par Les livres de George, je me suis replongée dans un de ces Fantômette qui ont bercé mon enfance de lectrice.

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Le choix a été vite fait puisque ma bibliothèque en recélait déjà un exemplaire, déniché il y a quelques années sur une brocante, un vrai Bibliothèque Rose avec sa couverture épaisse et rigide.

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Fantômette et le trésor du pharaon - Georges Chaulet
(1970 - Bibliothèque Rose - 184p)

Pour tout dire, je craignais un peu d'être déçue par ma lecture ou, pire, de détruire le souvenir ému de mes premières joies de lectrice. Eh bien, il n'en fut rien et c'est avec grand plaisir que j'ai redécouvert la Fantômette de mon enfance. Voilà qui prouve que Georges Chaulet n'était pas simplement un auteur pour la jeunesse mais, en tout premier, un véritable écrivain.

Tout d'abord, je me suis amusée en retrouvant l'époque de 1970 avec ses objets qu'on dit vintage aujourd'hui : le transistor, le microsillon et, surtout, ce "tonnelet de carton qui avait contenu de la lessive aux enzymes". Ah oui ! Je me souviens très bien de ces barils ronds de lessive qu'on transformait en corbeille à papier, ainsi que de ces enzymes immortalisés par Coluche.

Pour en revenir au roman proprement dit, l'histoire n'est pas du tout puérile. L'intrigue se tient, l'écriture est parfaitement rythmée, sans temps morts. J'ai apprécié particulièrement le ton facétieux avec, notamment, ces choix de noms propres : le professeur Pflafluff, le commissaire Maigrelet, le parti égyptien El Fatras, etc. Comme une complicité entre lui et le lecteur, l'auteur se permet aussi des plaisanteries que saura découvrir l'enfant attentif : "Le speaker annonça que le ministre de l'Agriculture venait de planter le premier chou de la région Languedoc-Normandie, et que la France avait exporté au cours de l'année écoulée trois mille tonnes de poil à gratter".

Au delà de cet humour qui m'a fait sourire, même adulte, j'ai été étonnée de voir la qualité de l'écriture, pourtant destinée à la jeunesse. Un vocabulaire élaboré mais compréhensible dans le contexte ("un escalier en colimaçon qui fleurait la moisissure") et un usage du subjonctif plus-que-parfait que je ne trouve pas ou peu dans les polars et thrillers actuels que je lis à longueur d'année ("un engin de pêche qui eût fait éclater de rire la plus stupide des truites"). C'est sûr qu'avec un tel français, les jeunes lecteurs pouvaient faire des progrès en rédaction !

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Vous qui êtes parti au paradis des écrivains, je vous remercie, Georges Chaulet, d'avoir si joliment bercé ma jeunesse. Merci à toi aussi, George, de m'avoir permis de retrouver un peu de cette jeunesse grâce à ce challenge.

En faisant à cette occasion des recherches googlelesques, j'ai découvert que Fantômette était née la même année que moi, ce qui me la rend encore plus attachante. Fantômette, ma soeur de papier, longue vie à toi !

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17 décembre 2012

La ronde des mensonges - Elizabeth George

Deux journée entières de lecture et quatre litres de thé pour un constat : Elizabeth George est vraiment au sommet de son art. Mais comment une Américaine peut-elle ainsi écrire avec autant de talent un pur roman policier anglais ? Voilà une énigme qui m'émerveille.

D'abord, ce sont les agréables retrouvailles avec ce quatuor d'enquêteurs bien connus se dépatouillant de leur vie privée pas toujours simple : l'aristocrate commissaire Lynley, pauvre veuf, son couple d'amis fidèles et l'inénarrable sergent Barbara Havers. Et puis, le plaisir de découvrir les magnifiques paysages du comté de Cumbrie que je ne connaissais pas, littérairement parlant. Ensuite, cet industriel nouveau riche, nouvel anobli, qui a fait fortune dans le trône (et il ne s'agit pas de celui de la Couronne d'Angleterre...) affublé d'une famille haute en couleur.

Une fois le décor planté et les personnages présentés, l'auteur nous raconte la mort de l'un d'eux et, tout au long du roman, le lecteur se demandera s'il s'agit d'un simple accident ou d'un crime. Eh oui, au delà de l'enquête policière, Elizabeth George sait construire un suspense implacable qui nous laisse continuellement sous tension. En y ajoutant un humour rafraîchissant, un style alerte et vivant, une galerie de portraits incisifs, tous les ingrédients sont réunis pour une lecture particulièrement plaisante.

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La ronde des mensonges - Elizabeth George
(2012 - Presses de la Cité - 656p)

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16 décembre 2012

Les hamacs de carton - Colin Niel

Le grand intérêt de ce roman policier est de nous faire découvrir cette Amazonie française si méconnue ici, en métropole. L'auteur s'attache particulièrement aux habitants qui peuplent les bords du fleuve Maroni, les difficultés de leur quotidien, leur culture et la confrontation avec les rigueurs aveugles de l'administration française.

Des paysages magnifiques, des personnages attachants, solides et complexes, un style à la fois limpide et vivant, une intrigue bien menée, tous les ingrédients sont réunis pour un roman aussi original que captivant. Un bien beau voyage, bouleversant et dépaysant !

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Les hamacs de carton - Colin Niel
(2012 - Rouergue noir - 275p)

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15 décembre 2012

Ce qu'il faut expier - Olle Lönnaeus

Olle Lönnaeus ne se fait guère d'illusions sur ses concitoyens qui, même dans cette petite ville de Scanie, ont bien des fautes et des pêchés à expier car xénophobie, homophobie et autres formes de rejet de l'autre gouvernent les comportements, aujourd'hui tout comme hier.

Ces thèmes sont des plus communs pour un polar suédois mais, heureusement, ils ne rendent pas l'ambiance totalement glauque. Sans doute parce que le personnage principal est le fils bâtard d'une immigrée polonaise, ce qui apporte une distance salvatrice avec ces Suédois pure souche aux racines quelque peu pourries par endroit.

J'en fus surprise mais je reconnais qu'il m'a tout à fait charmée, ce polar suédois vraiment différent.

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Ce qu'il faut expier - Olle Lönnaeus
(2011 - Liana Levi - 393p)

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14 décembre 2012

Barbe bleue - Amélie Nothomb

Ciorane, Ciorane, ne vois-tu rien venir ?
Il fait froid, pas de soleil qui poudroie ni d'herbe qui verdoie.
Ciorane, Ciorane, ne vois-tu rien venir ?
Ah si, nous notons Amélie Nothomb qui ressort Barbe bleue de sa tombe.

Au préalable, oublions tous ces romans merveilleux qui ont fait la réputation de l'auteur. C'est la condition pour jouir sans arrière-pensée de cette jolie variante belge de l'affreux conte de Barbe bleue. Vite dévorée, la nouvelle (à ce stade , on ne peut décemment parler de roman) regorge de trouvailles charmantes, incongrues et pittoresques dont seule Amélie Nothomb peut nous régaler. C'est court, hélas, mais délectable.

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Barbe bleue - Amélie Nothomb

(2012 - Albin Michel - 169p)

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