A priori, mes parents sont mes parents, c'est à dire que le couple qui m'a élevée est celui qui m'a conçue. A mon avis, si j'avais été adoptée, je n'aurais pas voulu partir à la recherche de mes racines, l'important pour moi étant aujourd'hui et demain. N'ayant pas ma sagesse, Sara, l'héroïne de ce roman, se découvre à 34 ans un père biologique pas très reluisant puisque serial killer. Pas terrible comme nouvelle, juste avant son mariage, mais une amorce d'histoire assez prometteuse, ma foi.

A dire vrai, j'étais assez partagée avant d'ouvrir ce livre. Côté positif, je n'avais jamais lu d'auteur canadien anglophone et j'étais curieuse de voir s'ils étaient différents de leurs voisins américains. Ensuite, cette superbe couverture et le titre métaphorique étaient vraiment attractifs à mes yeux. Côté négatif, le bandeau vantant le triomphe de l'auteur avec son premier roman, "1 million d'exemplaires vendus dans le monde", me refroidissait quelque peu. Eh oui, j'ai tendance à me méfier des jeunes écrivains qui rencontrent le succès du jour au lendemain, trop souvent grâce à des recettes simplistes et sans saveur.

Le début de ma lecture donnait raison à mon scepticisme avec des personnages secondaires plutôt convenus : le sympathique flic si compatissant et sa collègue agressive, la soeur gentille et l'autre mesquine, la mère adoptive affectueuse et son mari hargneux envers la pauvre Sara, en finissant par le fiancé idéal, viril sans être phallocrate. Sans compter la petite fille adorable même avec son caractère parfois difficile, conséquence de l'atavisme familial, et dont le père a bien complaisamment disparu pour ne pas compliquer le scénario.

Dans la lignée de ces trucs et astuces pour un succès facile et rapide, l'auteur a choisi un récit à la première personne afin que le lecteur, sans doute une lectrice d'ailleurs, s'identifie immédiatement au personnage principal. Pour faire différent à moindre frais, les chapitres sont appelés séances comme si Sara racontait à sa psy les péripéties de sa vie entre deux rendez-vous. Certes, la narration est ainsi vive et dynamique entre les dialogues nombreux et le mélange des conjugaisons au présent et passé mais, franchement, ces pseudo séances de thérapie sont artificielles et peu crédibles.

Pourtant, au fur et à mesure que les pages se tournaient, j'ai vite oublié d'être agacée par tous ces détails, embarquée que je fus par le talent indéniable de Chevy Stevens. Tout d'abord, le thème du serial killer est traité sous un angle tellement original qu'il en est d'autant plus captivant. Ensuite, si les personnages secondaires ont une épaisseur psychologique un peu faible, le personnage principal est tout à fait solide et complexe. J'ai particulièrement apprécié les nuances de sentiments de Sara envers son père biologique, la répulsion face à cet assassin mêlée par instants d'une certaine compassion gênée parce qu'elle partage les mêmes gènes. Ceci étant, l'auteur est très claire et la fille condamne moralement son père.

Quant au style, il est nerveux et efficace, au service d'une intrigue palpitante. Les rebondissements s'enchaînent sans coup férir jusqu'au dénouement en deux temps, exactement comme je les aime. Il faut aussi souligner que l'auteur nous évite les scènes sadiques et les torrents de sang habituellement présentes dans les histoires de serial killers. En fait, pour l'écriture, j'éprouve juste le léger regret qu'il n'y ait pas plus de descriptions de paysages pour faire voyager le lecteur.

Bref, j'avais débuté ce roman en pensant lire la énième histoire gentillette et banale d'une jeune femme malmenée par un vilain monsieur méchant. A la place, j'ai découvert un écrivain prometteur à l'imagination remarquable et qui fera vite oublier ses quelques défauts de jeunesse, j'en suis certaine. D'ailleurs, j'ai bien envie maintenant de lire le premier roman de Chevy Stevens.

coule-aussi-veines

Il coule aussi dans tes veines - Chevy Stevens
(2013 - l'Archipel - 405p)